Appel international de soutien à lutte pour l’abolition de la LSN et l’établissement de la démocratie en Corée du sud
Nous ne pouvons que saluer vos luttes pour l’abolition de la LSN et pour l’établissement de la démocratie. Vos luttes sont nos luttes aussi. Ici également les luttes deviennent de plus en plus difficiles, en particulier, celles des travailleurs, et la démocratie n’est qu’un mot vidé de son sens. Regarder, par exemple, la faible participation aux dernières élections législatives où 47% environ ne sont pas allés voter parce qu’ils savent pertinemment que ce n’est pas le gouvernement français qui décide mais les marchés financiers.
Pourtant, les luttes, bien qu’elles s’intensifient et se systématisent partout dans le monde, des grèves, des manifestations et avec le mouvement des indignés et de l’occupation de Wall Street , de City et de Frankfurt, elles sont toutefois dispersés et selon le pays pas d’une très haute conscience politique ; certains de ces mouvements justement rejettent les partis et les organisations politiques. Il est temps, plus que jamais, de s’organiser politiquement et à travers le monde pour lutter ensemble sur la base de principes communs, notamment en faisant participer le plus grand nombre pour l’intérêt et le bonheur de la majorité, et non pas pour une élite, une minorité qui exploite et profite. Il est temps de travailler et profiter pleinement du fruit de son travail. Protester et s’indigner est une chose, un premier pas, mais s’organiser et agir, et si nécessaire, dans les instances politiques pour des réponses politiques en passant par le vote même si nous savons que ce n’est pas l’unique lutte qui peut changer le rapport de forces. Les actions et les activités étant unies et ayant comme axe central son peuple, les besoins et les intérêts de son peuple et pour servir le peuple avec un but commun et clair, malgré les différences qui peuvent exister. La seule issue est la lutte et les actions organisées et la construction d’un front des travailleurs qui comprend les paysans, les petits commerçants et employés, les étudiants et les précaires. Ce n ‘est pas non plus l’unité pour l’unité, c’est l’unité d’action pour renverser le système actuel en crise.
En outre, vos luttes pour l’abolition de la LSN et l’établissement de la démocratie rejoignent et sont étroitement liées à la lutte pour la réunification de la Corée. Nous saluons votre lutte pour la réunification, et cette lutte est la nôtre aussi. Parce que d’autres pays sont divisés et luttent pour la réunification et d’autres encore risquent d’être divisés, tant que ce système qui exploite et pille existe.
Plus précisément, s’il y a un peuple qui partage l’aspiration la plus haute du peuple coréen pour la réunification, est le peuple chypriote.
S’il y a un pays divisé par l’impérialisme et ses alliés, pour les mêmes raisons et sa position géostratégique, même si les prétextes de l’invasion et de la division étaient différents, c’est Chypre. A Chypre, même si nous n’avons pas de LSN [dans le Nord, cette loi existe sans doute parce qu’en Turquie ‘les opérations KCK’ et la lutte contre le terrorisme attaquent la même cible que la LSN], nos luttes rencontrent beaucoup d’obstacles. Guidé par D. Christofias, notre président communiste, le processus de la réunification a marqué des belles avancées depuis son élection en 2007.
Néanmoins, chaque fois qu’on fait un pas en avant on fait deux en arrière à cause des forces anti-réunification internes guidées par les forces impérialistes de l’extérieur. Deux événements se sont produits récemment qui mettent en péril et obstruent le processus de la réunification : l’explosion meurtrière en juillet dernier d’un stock d’armement et l’exploitation du gaz naturel trouvé dans les eaux territoriales de Chypre. Ces deux événements ont créé une crise politique et une crise économique. Depuis l’explosion, à l’intérieur du pays, les partis politiques attaquent notre président et demandent sa démission. Et de l’extérieur, la Turquie, un allié fidèle de longue date des USA (comme la Grèce d’ailleurs), menace et conduit de manière provocante des manœuvres et des exercices militaires devant les côtes de Chypre. Les dernières en date et en cours se terminent au mois de juillet, mois où se sont déroulés les terribles événements de 1974 ; le coup d’état orchestré par les colonels grecs suivi de l’invasion et de l’occupation de la Turquie qui dure toujours, suivant les plans de l’OTAN et avec la complaisance des Britanniques qui possède encore depuis l’indépendance du pays en 1960 deux bases militaires sur le sol chypriote.
Plus précisément, le 11 juillet 2011, des chargements d’explosifs qui étaient stockés dans une base navale au sud de Chypre ont explosé faisant 13 morts et des dégâts matériels, la base se trouvant à côté d’une centrale électrique importante. Ce matériel militaire n’appartenait pas à Chypre. Il a été saisi sur un bateau russe, le Monchegorsk, qui partait de l’Iran vers la Syrie. Il a été intercepté par les EU et les israéliens qui ont demandé l’intervention de l’ONU afin de faire respecter ses résolutions du conseil de sécurité : celle 1747 (de 2007) interdisant à l’Iran d’exporter des armes, et celle 1803 (de 2008), ainsi que la Politique étrangère et de sécurité commune de l’UE, laquelle à la suite de très lourdes pressions à imposer au président Dimitris Christofias de procéder à l’accotement du bateaux.
Suite à l’une de deux enquêtes sur l’explosion qui rendait responsable le président, une crise politique sur l’île et économique a suivi afin de le déstabiliser. Le président n’est néanmoins pas responsable ; les conditions de conservation (à l’heure actuelle, cela semblerait être la raison principale de l’explosion) et le choix du lieu de stockage incombent à la Garde nationale et non pas au président. Cette enquête, partiale et non scientifique, visait à attaquer le président et surtout installer une instabilité politique et freiner le processus de réunification qui progressait.
Par ailleurs, la découverte de très importants gisements de gaz naturel et d’hydrocarbures au sud de Chypre a créé également une formidable tension et des menaces même pas voilées de la part de la Turquie qui veut aussi une part du gâteau sous prétexte de représenter les intérêts de la république fantoche du nord de Chypre, (la Turquie est le seul pays au monde à reconnaître cet état autoproclamé qu’elle a installé et soutient militairement, administrativement et économiquement). La Turquie multiplie les manœuvres militaires ; quant à Israël, il propose l’envoi de sa marine pour à la fois défendre ses propres champs gaziers et contenir la Turquie qui menace d’intervenir. Quand les éléphants se battent, c’est l’herbe qui est écrasée, dit-on en Afrique ; et Chypre, isolée dans ces frictions entre impérialismes nationaux, est poussée à signer un accord d’exploitation de ses propres gisements de gaz avec une compagnie israélienne à participation étasunienne (Noble Energy).
Un élément très important à noter est qu’à la grande différence de la Grèce, Chypre n’est ni dans l’OTAN, ni dans le PPP (le Partenariat pour la Paix, l‘antichambre de l’OTAN). C’est une épine dans le pied otanesque de l’EU et de ses alliés. Aussi non réquisitionnable par l’OTAN, à la différence des autres Etats de l’UE, Chypre n’est d’aucun secours pour ces derniers dans leurs manœuvres dans la région en cours. Et comme le peuple Chypriote ne dispose pas de l’arme nucléaire pour les dissuader, il vit sans cesse sous la menace.
Voici les problèmes auxquels nous devons nous confronter régulièrement parce que nous nous trouvons dans une position géostratégique délicate avec des ressources naturelles précieuses. La situation est similaire à celle de la péninsule coréenne en ce qui concerne le processus de réunification.
Actuellement et suite à ces événements et à cause de la crise qui s’aggrave en Grèce et en Europe, les partis, excepté le parti de notre président, AKEL, prennent prétexte à tout pour attaquer le Président ; en particulier le contraindre à intégrer l’OTAN ou dernièrement en dénigrant sa gestion de la crise économique. Le parti de droite, DISY, a même fait appel à l’UE pour intervenir dans les affaires internes du pays en sollicitant une aide non justifiée. Les conservateurs véhiculent la rumeur que la situation économique est catastrophique bien que comparée à l’Espagne, Chypre est très loin d’atteindre ce niveau de gravité. Le Président (et son parti) est également attaqué pour sa politique de réunification, politique pour laquelle il a été élu en 2007 ; ce qui fait le jeu de l’OTAN et de la Turquie désirant maintenir Chypre divisée et tirer profit des fruits de nos ressources naturelles (après avoir pillé toutes les ressources hôtelières, hydrauliques et agricoles en 1974). Notons que des élections auront lieu l’année prochaine, février 2013, et que la pression sur Chypre est d’autant plus forte qu’elle prendra la tête de l’UE durant le second semestre de cette année.
Cette situation, les attaques à l’endroit de l’AKEL et Christofias – l’unique président communiste à UE -, sont liées également à l’anti-communisme qui croît dangereusement en Europe et à la voie de fascisation qu’empruntent beaucoup de pays dans l’UE. Notons, par exemple, l’arrivée de la Hrisi avgi (l’aube dorée) en Grèce ou le Front National en France après les élections du 6 mai, 10 juin et 17 juin, respectivement. Ce ne sont hélas pas des cas isolés dans l‘UE qui participe activement à criminaliser le communisme. Ce phénomène est général et se renforce progressivement. Les précédents dans l’histoire (montée du fascisme, avec par exemple le fascisme italien et autres fascismes nationaux qui sans exception se sont accrus durant la crise avec l’appui financier de la grande bourgeoisie, de la grande industrie et des banques) ont de quoi inquiéter. Le fascisme sort du capitalisme. Il en est la résultante logique en période de crise, un élément organique du système.
Il est urgent que nos luttes contre le capitalisme, l‘impérialisme soient nombreuses et fortes. Elles doivent trouver réponses grâce à nos actions guidées par une organisation que nous aurons construite pour les faire converger selon des idées, des bases et principes communs et partagés.
Chrysanthie Therapontos
(Membre du bureau de l’AAFC, Membre du comité de rédaction de la revue ‘THE FRONT’)


